J’autorise Sexe en France et Google à connaître mes statistiques de visite.

Par Union.fr

Éjaculation féminine : un mystère aussi bien protégé que le clitoris ?

Par | 16 avril 2021

En lisant le dernier livre de StĂ©phanie Haerdle « Fontaines Â», (paru le 8 avril 2021 aux Ă©ditions Lux) on serait tentĂ© de comparer l’histoire du clitoris avec celle de l’éjaculation fĂ©minine tant les deux se rejoignent sur les mythes et l’invisibilisation scientifique qui les entourent. PortĂ©e aux nues Ă  l’AntiquitĂ© et au Moyen-Ă‚ge, l’éjaculation fĂ©minine a disparu au XIXème, pour revenir comme un gadget obscène (voire fantastique) dans les films porno.
Alors, à quand l’éjaculation féminine dans les livres de SVT ?

Le mythe des deux semences

Dans les textes anciens de l’Antiquité, la théorie des deux semences a longtemps expliqué la façon avec laquelle nous nous reproduisions. La femme comme l’homme mélangeaient leurs fluides durant la copulation ; si l’enfant ressemblait à la mère, c’était que son fluide s’imposait sur l’autre, et inversement si l’enfant ressemblait au père. Une croyance qui encouragea et favorisa le plaisir féminin, la lubrification et l’éjaculation durant l’acte sexuel – des éléments considérés comme indispensables à la reproduction, et de façon plus générale, à la bonne santé du couple.

De nombreux scientifiques, anatomistes et philosophes ont émis des suppositions alternatives au cours des siècles, mais c’est réellement au XVIIIème siècle que le corps de la femme perd de sa superbe. Les anatomistes le distinguent du masculin, en comprennent ses singularités, découvrent l’ovule, et en déduisent son principe actif dans la reproduction.

« La pratique de l’autopsie Ă©tant de plus en plus frĂ©quente, l’anatomie s’introduit au plus profond du corps humain. Elle devient le principal instrument cognitif de la biologie et de la mĂ©decine, la grande initiatrice de nouvelles idĂ©es. Les savants s’appuient sur ces connaissances anatomiques et physiologiques toutes neuves pour livrer un nouveau rĂ©cit sur le corps, le rĂ©interprĂ©ter. Le « corps magique » – idĂ©e associĂ©e pendant des siècles au corps de la femme – est peu Ă  peu dĂ©mystifiĂ©. Â» (Fontaines, StĂ©phanie Haerdle)

Fin XVIIIème, le mot testicule disparait du corps fĂ©minin au profit d’ovaires. L’éjaculat fĂ©minin perd le titre de « semence Â», et devient au mieux une simple lubrification au pire une pollution nocturne. Quant au plaisir fĂ©minin, s’il est encore recommandĂ© jusqu’au milieu du XIXème siècle, il tombera petit Ă  petit en dĂ©suĂ©tude et sera considĂ©rĂ© comme un simple accident de la reproduction. Tout Ă  fait facultatif.

Livre Fontaines
Fontaines – Lux

L’éjaculation féminine en 2021

Après une invisibilisation plus ou moins consciente et assumĂ©e dans les livres scientifiques sur la sexualitĂ©, l’éjaculation fĂ©minine revient sur le devant de la scène fin des annĂ©es 80 grâce au porno. Le squirting (qui ne peut pas ĂŞtre confondu avec l’éjaculation – mais qui a le mĂ©rite de prĂ©senter les liquides fĂ©minins) fascine, et s’offre une catĂ©gorie dĂ©diĂ©e sur la plupart des sites X, une popularitĂ© qui le montera au sommet du top 20 de la plus cĂ©lèbre plateforme pour adulte : Pornhub. Si certains pensent qu’il s’agit de scènes « trafiquĂ©es Â», l’éjaculation fĂ©minine semble cependant gagner un regain d’intĂ©rĂŞt dans les mĂ©dias depuis les annĂ©es 2000.

La question n’est pas de savoir si l’éjaculation féminine existe. Il s’agit de savoir pourquoi on ne croit pas les femmes qui en parlent.

Lux Alptraum

Recommencer à parler d’éjaculation et de prostate féminine – des capacités et des organes qui ont des similitudes avec le masculin – c’est aussi remettre du sens sur nos sexualités en se rappelant de nos bases communes, embryonnaires, sans pour autant nier nos spécificités.

A l’instar d’Odile Fillod qui a permis la popularisation de la forme complète du clitoris (avec ses piliers et ses bulbes) via une imprimante 3D et un code en open source, accessible par tous : il est tout à fait possible d’imaginer une nouvelle façon de diffuser les savoirs sur l’éjaculation féminine.

Et se rappeler, au passage, que l’éjaculation, si elle est possible, n’est jamais un dû.

« L’éjaculation est une manifestation possible, parmi de nombreuses autres, de la puissance sexuelle fĂ©minine. Elle ne doit pas devenir une injonction de plus faite aux femmes. Â» (P.246, Fontaines, StĂ©phanie Haerdle).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *