
Le sextoy en bois, symbole d’une Ă©conomie sexy, verte et locale qui fonctionne ?
Si le Womanizer (vibromasseur clitoridien à air pulsé) est indéniablement le grand succès commercial des cinq dernières années, les sextoys en bois gagnent également des parts de marché en France au détriment des jouets coquins « gadgets » produits massivement en Chine.
L’Ă©conomie verte peut souvent ĂŞtre associĂ©e Ă l’automobile ou Ă l’alimentation sans que l’on ne pense directement au secteur adulte. Et pourtant, elle fait Ă©galement son chemin dans le business des « boutiques sexy » et lovestores. PrĂ©servatifs en latex 100% vĂ©gĂ©tal, lubrifiants organiques, accessoires de corps en cuir vegan… chaque annĂ©e, de nouvelles marques se lancent Ă l’assaut du marchĂ© du « green sex ».
Pascal, l’Ă©bĂ©niste Ă la tĂŞte d’IdĂ©e du DĂ©sir, une boutique en ligne de sextoys en bois, a constatĂ© que les consommateurs Ă©taient d’annĂ©es en annĂ©es plus Ă©duquĂ©s aux problĂ©matiques de matĂ©riaux et de confections des jouets intimes.
« La marque a Ă©tĂ© crĂ©e en 2014. Les trois premières annĂ©es, les gens avaient du mal Ă le voir comme un produit « safe », et il fallait passer du temps Ă expliquer qu’on ne pouvait pas avoir d’Ă©chardes, que le vernis n’Ă©tait pas toxique, que son entretien Ă©tait simple et hygiĂ©nique… Trois ans plus tard, je n’avais plus besoin de sortir mon discours, les gens connaissaient le produit ! »
Les matériaux des sextoys, des risques sanitaires parfois sous estimés
Et si tant de consommateurs ont peur de ce qu’ils insèrent près de leurs muqueuses, c’est Ă juste titre !
En 2006, Greenpeace sonnait dĂ©jĂ l’alarme avec une Ă©tude qui rĂ©vĂ©lait que les jouets pour adultes contenaient massivement des “phtalates” , des substances qui pouvaient “dĂ©ranger le système hormonal humain, diminuer la fertilitĂ© et attaquer le foie et les reins”. Des substances toxiques qui Ă©taient, par exemple, interdites pour les jouets pour les enfants selon les normes de l’Union EuropĂ©enne, depuis 1999.
En France, en 2014, l‘association GĂ©nĂ©rations Cobayes nait et milite pour un « éco-orgasme » auprès des jeunes. La guerre contre les phtalates est officiellement dĂ©clarĂ©e, et avec elle, le recours Ă des matĂ©riaux qui sortent de l’ordinaire : « Tu optes pour des alternatives aux plastiques : verre, bois tout est permis ! » peut-on lire sur leur blog. Quand on sait que le capital fertilitĂ© des hommes a drastiquement diminuĂ© ces cinquante dernières annĂ©es, le message est d’autant plus le bienvenu !
« Le bois, c’est une matière très sensuelle, vivante, naturelle. C’est d’autant plus adaptĂ© pour un sextoy qui doit s’insĂ©rer dans le corps humain. » ajoute Pascal d’IdĂ©e du DĂ©sir.
Une production Ă taille humaine
Le succès des godemichets en bois s’explique Ă©galement par une production locale, artisanale et qui peut s’adapter Ă la demande.
Loin d’une production industrielle et normĂ©e, les Ă©bĂ©nistes comme Pascal peuvent rĂ©aliser des commandes sur mesure, en taille, diamètre, texture.
Pour le client, cela peut changer la donne ! Surtout quand celui-ci a besoin de conseils et d’ĂŞtre accompagnĂ© dans un choix intime.
« Beaucoup de sex-toys vendus ne sont en rĂ©alitĂ© pas adaptĂ©s au plaisir fĂ©minin. C’est du « made in china », des petits godes en forme de suppositoire, c’est un peu rigolo, mais on l’oublie vite dans ses placards. » dĂ©plore Pascal avant d’ajouter que chaque client/e peut avoir des besoins très spĂ©cifiques.
« C’est au sextoy de s’adapter au client. J’ai dĂ©jĂ eu des demandes pour fabriquer des jouets qui permettent de se rĂ©approprier son corps après un accident ou un accouchement, par exemple. D’autres vont avoir des demandes spĂ©cifiques parce que leur vagin manque d’Ă©lasticitĂ©, ou Ă l’inverse, souffrent de vaginisme et cherchent un jouet pour se reconnecter en douceur au plaisir vaginal, avant d’essayer avec un partenaire. »
Et depuis le confinement, Pascal a vu ses chiffres grimper en flèche. Preuve que le plaisir fĂ©minin est pris au sĂ©rieux, surtout en ces pĂ©riodes d’isolement social et de repli sur soi…
(Image Ă la une : Getty Images)