
Sorcière et sirène, deux figures de l’empowerment sexuel féminin !
Dans « Sorcières, la puissance invaincue des femmes » (ed.Zones – 2018), Mona Chollet explore une figure du féminisme qui a traversé les âges et les époques : celle de la sorcière. La femme âgée, indépendante et guérisseuse portée en martyr devient ainsi un symbole puissant au service de militantes qui s’en servent comme figure de proue dans des images, des écrits, des slogans : « Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler ! ». Et pourtant, la sirène pourrait bien devenir le nouvel emblème du féminisme tant les deux archétypes se rejoignent en bien des points…
Sirène, sorcière : même combat ?
S’il y a bien un « art » que partagent la sirène et la sorcière, il s’agit de celui de l’envoûtement. Dans la sorcellerie occidentale, l’envoûtement nécessite usuellement un élément de la personne « envoûtée » (bout d’ongles, cheveux, etc.), une photographie ou une poupée de cire, quant à l’envoûtement des sirènes, il s’opère par le chant afin de conduire les marins à leur mort, près de dangereux rochers. Dans les deux cas, l’envoûtement via un medium sert une cause malveillante et mortifère – ce qui n’est pas le cas de la figure de la Muse, par exemple, qui enchante naturellement avec bienveillance. De façon plus moderne, la « femme fatale » répond également à la vision d’une séduction dangereuse pour le désir masculin et rejoint les mythes autour de la sorcière et de la sirène.
« Les sorcières comme les sirènes ont été chassées et car elles détiennent des pouvoirs supposés magiques. Une magie terrible qui peut vite se transformer en magie noire. Quelque part, c’est le désir féminin qui fait peur aux hommes. » décortique Julia Palombe, autrice de « Toutes les femmes sont des sirènes… elles pensent avec leur queue. »
La sirène, plus militante que la sorcière ?
Dans « Les sirènes sont-elles de nouvelles sorcières ? » (Les Inrocks – 2019), on apprend que cette figure a déjà été reprise aux Etats-Unis à travers les performeuses burlesques et le mouvement queer aux manettes de la Mermaid Parade de Coney Island, un défilé estival et loufoque qui se tient chaque année dans les rues de New York. Un symbole qui, au-delà du féminisme, fédère les minorités sensibles à la cause gay, grossophobe, trans et même écologique ! La sirène serait-elle en passe de dépasser la sorcière ?
Quoi qu’il en soit, performer la sirène est aujourd’hui un sport, ainsi qu’une compétition à part entière, le mermaiding, qui mélange la performance de la monopalme à l’artistique et l’esthétique.
Article Ă retrouver dans le magazine Blandice.